Claude Owona, responsable régionale des institutions financières pour l’Afrique de l’Ouest à la Société Financière Internationale (SFI) a effectué récemment une visite de travail au Bénin. En provenance d’Abidjan, Claude Owona est arrivée à Cotonou dans le cadre du renforcement du partenariat entre la SFI et le secteur privé béninois.
Vous avez bouclé trois jours de visite au Bénin ; que peut-on retenir ?
C’est ma première visite au Bénin et je peux vous dire que je suis impressionnée. Par l’effervescence palpable dans des secteurs comme ceux du tourisme ou de la préservation du patrimoine culturel. Impressionnée par l’ambition d’hommes et de femmes rencontrés durant mon séjour, à porter des initiatives fortes et créatrices de valeurs autour d’un développement durable et inclusif. Ces efforts combinés conduisent à créer une dynamique favorable pour les PMEs et des opportunités d’emplois dans laquelle la SFI s’inscrit. En effet, la SFI a la conviction que la lutte contre la pauvreté passe par la création d’emplois et donc par le développement des PMEs locales. Pour ce faire, conformément aux priorités de développement du gouvernement, la SFI travaille à augmenter les sources de financement disponibles pour ces PMEs, afin de les aider à développer des projets qui favorisent le développement économique et profitent à l’ensemble des populations.
Où en est-on par rapport à la collaboration entre la SFI et les institutions financières au Bénin ?
Sur les dix dernières années, en ligne avec l’approche stratégique de la SFI pour le Bénin – qui vise à contribuer à la croissance inclusive, à la création d’emplois de qualité et à la création de valeur locale au Bénin – la division des institutions financières a établi des conventions de financement du commerce et des PMEs en partenariat avec des institutions financières de premier plan telles que Bank of Africa Bénin, Banque Atlantique et NSIA Banque Bénin. Ces appuis ont par exemple pu s’orienter vers les PMEs des chaînes de valeur du tourisme et de l’agroalimentaire et ont permis de financer environ 1,000 PMEs tout secteur d’activité confondus. Concomitamment, la SFI a également soutenu ces partenaires avec des services d’assistance technique dédiés visant à renforcer leur capacité à cibler et mieux accompagner les PMEs locales.
La SFI renforce en outre son engagement au Bénin afin de contribuer à la réalisation de l’immense potentiel de croissance du pays. Dans cette optique, nous travaillons de concert avec notre entité sœur, la Banque Mondiale. Cela augure de nouvelles initiatives qui pourraient être annoncées prochainement en faveur de l’entreprenariat féminin, de l’agriculture, des industries culturelles et créatives ou du financement de logements abordables.
Les PMEs et le secteur agricole rencontrent d’énormes difficultés à accéder au financement. Avez-vous abordé le sujet au cours de votre visite ? Comment accompagnez-vous les institutions financières à adresser cette préoccupation ?
Au Bénin comme dans le reste de l’Afrique de l’Ouest, l’accès au financement est essentiel et demeure le principal enjeu pour répondre aux besoins de développement des secteurs privé et agricole. Comme l’a relevé le diagnostic du Groupe de la Banque mondiale sur le secteur privé au Bénin, moins d’un quart des entreprises béninoises a accès à un prêt ou une ligne de crédit. Le déficit de financement pour les PME s’élève à près de 500 milliards de XOF annuellement (Diagnostic secteur privé pays, Groupe Banque mondiale). C’est donc un sujet particulièrement préoccupant pour le secteur agricole qui ne parvient pas à mobiliser les fonds nécessaires à l’acquisition d’intrants, d’équipements ou de technologie. Durant mon séjour, nous avons rencontré des partenaires. Ceux que nous connaissions déjà bien sûr ; mais surtout, nous avons eu des échanges des institutions de microfinance telles la Fédération des Caisses d’Epargne et de Crédit Agricole Mutuel (FECECAM) qui a partagé ses ambitions et les difficultés que rencontre sa clientèle pour accéder au financement.
Concernant la transformation agricole, il est primordial de faciliter l’accès au financement aux acteurs du secteur. A ce titre, la SFI a tout son rôle à jouer. Nous collaborons ainsi depuis deux ans avec des entreprises technologiques agricoles (AgTechs) afin de réduire les risques réels et perçus du secteur agricole, et rendre ainsi le financement plus attractif pour les institutions financières. Cette collaboration devrait permettre de réduire également les coûts de service via la digitalisation et d’accroitre les rendements via de meilleures pratiques agricoles et environnementales. En phase avec les ambitions du Bénin, cette approche pourrait soutenir les opérateurs béninois à produire du riz localement en quantité et à un prix abordable.
Mais les aspects financiers ne sont pas tout ! Il faut aussi travailler en parallèle sur d’autres leviers comme l’éducation financière des PMEs et des acteurs du secteur agricole, et établir des partenariats avec d’autres organisations de développement. La SFI s’appuie également sur les travaux de la Banque Mondiale et du gouvernement autour de l’amélioration du climat des affaires et d’une sécurisation foncière renforcée.
Quel regard portez-vous sur l’environnement des PMEs au Bénin ?
Malgré les difficultés auxquelles elles sont confrontées, les PME béninoises innovent et se développent de jour en jour. C’est dans ce contexte que les banques et les établissements financiers que nous avons rencontrés sont prêts à financer davantage les PMEs. Une banque partenaire nous a même confié qu’elle comptait doubler son volume de financement en faveur des PMEs dans les 5 prochaines années. Le tourisme, par exemple, offre des opportunités intéressantes pour le développement des PMEs au Bénin. A mon sens, dès qu’on crée un environnement favorable au développement du tourisme, tout un écosystème de PME pourra éclore et prospérer notamment dans la restauration, l’hôtellerie et la formation.
L’entrepreneuriat féminin est-il un levier essentiel pour la SFI ?
Tout à fait ! L’entrepreneuriat féminin est un levier essentiel pour le développement économique et social du Pays et le Bénin s’est toujours illustré par une forte dynamique sur le sujet. J’ai d’ailleurs pu voir dans les rues et au cours de réunions organisées lors de ce séjour, des femmes extrêmement actives vaquer à leurs occupations. Il est important de les soutenir pour améliorer leur revenu. L’entrepreneuriat des femmes est une de nos priorités en matière d’amélioration à l’accès au financement et aujourd’hui, toutes les facilités de financement pour les PMEs déployées par la SFI dans la région Afrique de l’Ouest requièrent qu’au moins 25% de PMEs féminines en bénéficient. J’ajouterai que nous avons l’ambition grâce à l’approche conjointe mise en place avec notre institution sœur, la Banque mondiale et le gouvernement, de faire davantage pour soutenir, promouvoir et renforcer la contribution des femmes entrepreneurs à l’économie nationale.
A quoi peut-on s’attendre au terme de votre visite ?
Mon déplacement s’est surtout focalisé sur notre priorité stratégique : l’élargissement du financement en faveur des PMEs. Notre ambition est de nouer plus de partenariats et d’élargir notre gamme de produits pour apporter des réponses spécifiques aux besoins du secteur privé. A ce titre, nous avons signé une convention de garantie pour les PMEs avec NSIA Banque Bénin portant sur un portefeuille de 13 milliards de Francs CFA qui devrait bénéficier à environ 600 PMEs, dont des entreprises féminines ou dans le secteur des industries créatives. Un protocole d’accord destiné au renforcement des services bancaires en faveur de l’entrepreneuriat féminin a aussi accompagné cette signature. Au-delà de notre accompagnement au secteur agricole, nous visons à mobiliser les marchés des capitaux en faveur du développement des PME béninoises.
Quelles sont les perspectives de la SFI pour le secteur privé béninois ?
La dynamique du secteur privé béninois est très positive.
Le gouvernement a déjà accompli un travail considérable pour renforcer l’économie, et le pays possède de nombreux atouts pour créer des emplois de qualité et accroître la prospérité partagée. Dans cette optique, le secteur privé est appelé à jouer un rôle central dans la mise en œuvre du Plan d’Action du Gouvernement. Être entrepreneur aujourd’hui au Bénin est plus aisé que par le passé. Il y a des mécanismes mis en place, qui favorisent le développement des PMEs. Il faut ainsi les encourager à produire, transformer et exporter pour permettre au pays de prospérer.
Dès lors, l’inclusion financière est une priorité et un accent particulier doit être mis sur le financement des PMEs, le soutien à l’entrepreneuriat féminin, les industries culturelles et créatives, l’agriculture, le logement et le développement des marchés de capitaux. C’est ici que nous avons tout notre rôle à jouer : non seulement comme prêteur ou garant mais aussi comme catalyseur de l’investissement privé. En effet, notre participation en tant qu’investisseur de référence dans des transactions de marché innovantes, souvent accompagnée par notre programme de soutien aux marchés de capitaux (J-CAP) au Bénin et plus largement dans la zone UEMOA, engendre un fort effet d’entrainement sur les investisseurs privés. La SFI est déterminée à accompagner le pays dans cette dynamique de croissance et de développement économique avec notamment la présence de Vincent Arthur Floreani, le représentant pays de la SFI au Bénin.
Transcription : Belmondo ATIKPO