Le Journal des Décideurs

Construction du chemin de fer Kano-Maradi par le Nigéria: L’économie béninoise risque gros

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La construction du chemin de fer reliant Cotonou à Niamey étant en souffrance, le Nigeria s’active de son côté pour établir une ligne de chemin de fer reliant Kano à Maradi au Niger. Objectif, susciter les chefs d’entreprises au Niger à utiliser les ports maritimes nigérians au lieu de ceux des pays voisins dont le Bénin.
Le trafic au port de Cotonou prendrait un coup si, la réhabilitation et la construction du chemin de fer Cotonou – Niamey tirait trop sur le temps. Nul n’ignore que le port de Cotonou est l’accès à la mer le plus proche, le couloir d’accès le plus rapide, le moins accidenté pour desservir les pays sans littoral tels que le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Mais, puisque les travaux de construction des chemins de fer devant relier Niamey à Cotonou pour accélérer le transport des marchandises tardent à se concrétiser, le Nigeria de son côté a décidé de séduire le Niger. En effet, les autorités du géant voisin de l’Est travaillent actuellement à la concrétisation d’une liaison ferroviaire entre les villes de Kano au Nigeria et Maradi au Niger. Un concurrent de taille donc pour arracher au port de Cotonou, le transport des marchandises en provenance du Niger via les chemins de fer en perspective. Pour les autorités nigérianes, la ligne de chemin de fer reliant Kano au Nigeria à Maradi au Niger devait principalement encourager les propriétaires d’entreprises à utiliser les ports maritimes nigérians au lieu de ceux des pays voisins. De quoi inquiéter le Bénin. « Le Nigeria a perdu beaucoup d’argent en raison du fait que les gens préfèrent utiliser le port maritime de la République du Bénin. Alors, pour les encourager à utiliser nos ports maritimes, nous avons décidé de construire une ligne de chemin de fer qui reliera les ports de Lagos à Kano puis à Maradi dans la République du Niger, à cinq minutes de route du Nigeria », a expliqué le ministre des Transports nigérian, Rotimi Amaechi. M. Amaechi a fait cette déclaration lors de la défense du budget de son ministère devant le Comité mixte de la Chambre des représentants sur les transports, la sécurité maritime, l’aviation, les ports et les voies navigables. Ainsi, si le chantier de construction du chemin de fer censé relier Niamey à Cotonou via Dosso et Parakou est en arrêt, la coopération nigéro-nigériane fait bien avancer son dossier de liaison ferroviaire, au grand dam de Cotonou. Pour l’heure, le dossier relatif à cette liaison ferroviaire, fruit de la coopération nigéro-nigériane avance normalement. Les études de faisabilité de la section nigériane du projet ferroviaire commun entre les deux pays sont achevées et la phase de construction proprement dite ne va pas tarder. Dans ce projet ferroviaire, il est prévu la réalisation de la liaison Kano-Dayi-Katsina-Jibiya-Niamey, de quoi renforcer davantage les échanges économiques entre le Niger et le Nigeria au détriment du Bénin qui n’aura que ses yeux pour pleurer. A présent que la messe est dite du côté du voisin nigérian, les yeux sont braqués en direction du Niger qui, d’après des sources bien informées, ne tardera pas à accélérer sa part du dossier de cet important projet ferroviaire. En tout cas, dans la capitale économique du Niger (Maradi), on est pressé de voir la concrétisation de cette liaison ferroviaire, fruit de réflexion d’une aspiration nigéro-nigériane à une coopération bilatérale très intense. C’est dans cette logique qu’il faut justement inscrire le rechargement de 93, 6 kilomètres de pistes rurales qui a concerné, entre autres, les tronçons Guidan Tonko (Aguie/Niger)-Dankama (Nigeria) pour 19, 8 kilomètres ; Bougouzaoua (Niger)-Birnin Kouka (Nigeria) pour 15,6 kilomètres.
Buhari mise sur le chemin de fer
Le président nigérian s’est engagé à développer les infrastructures de son pays avec un accent particulier pour les infrastructures de transport notamment le développement du chemin de fer. Ainsi, plusieurs projets ferroviaires sont mis en chantier et des négociations se poursuivront pour boucler le financement pour d’autres. Lors de ses vœux pour le nouvel an au début de cette année, le président nigérian a annoncé qu’en 2018, le gouvernement fédéral veillera à intensifier les efforts pour à combler le déficit en infrastructures du pays avec une dizaine de projets routiers, énergétiques et surtout ferroviaires. Des lignes de chemin de fer entre les principales villes du pays mais aussi jusqu’au Niger voisin afin de doper les échanges commerciaux et faciliter le transport des biens et des personnes. Le Nigeria a démarré des travaux d’extension de son réseau ferroviaire, d’un coût total de 41 milliards de dollars. Objectif : développer son économie non pétrolière en stimulant le transport des marchandises à l’intérieur du pays et jusqu’à ses ports maritimes. « Il n’y a pas de développement économique ou de croissance sans logistique, et pour rendre la logistique efficace, il faut aborder la question des chemins de fer », a assuré le ministre nigérian des Transports Rotimi Amaechi à l’agence Bloomberg, au cours d’un entretien où il a détaillé les projets de développement ferroviaire en cours et à venir du gouvernement. Ces projets s’inscrivent dans le plan de relance et de croissance économique du président Muhammadu Buhari, présenté en mars, et qui vise à stimuler l’agriculture et l’industrie en développant le réseau de transport et les infrastructures électriques du pays.
Talon doit aller plus vite
Face à cette concurrence qui pointe à l’horizon, le gouvernement béninois est à l’épreuve. Trouver au plus vite des investissements chinois pour réaliser la réhabilitation et la construction totale du réseau ferroviaire Cotonou-Niamey. Tel est le défi imminent que doit relever le chef de l’Etat béninois Patrice Talon s’il ne veut pas voir les performances du port de Cotonou baisser à moyen et long terme. Dans un entretien accordé récemment au magazine français Challenges, le président Talon demande à Bolloré et Petrolin de se « retirer, à l’amiable, du projet » ferroviaire qui doit relier le Bénin au Niger, et assure qu’ils seront « indemnisés de façon équitable ». Il préfèrerait que la Chine s’en charge, d’autant qu’elle dispose de moyens conséquents et a prouvé son savoir-faire en matière d’infrastructures, selon lui. Car, « un investisseur privé ne peut pas financer seul le chemin de fer que nous voulons », a fait savoir le chef d’Etat, qualifiant le projet voulu par le groupe Bolloré de « bas de gamme ». « La Chine dispose de moyens financiers nécessaires », a souligné M. Talon pour assurer des travaux estimés à 4 milliards de dollars. Maintenant le Nigeria entre en scène pour offrir une autre opportunité au Niger, le Bénin a intérêt à trouver les voies et moyens pour faire face à cette nouvelle donne en ligne de mire au risque de perdre d’énormes devises.

Joël YANCLO

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